Exemples à l’appui, Raphaël Doan, agrégé de lettres, énarque, haut fonctionnaire de la République, démontre la valeur ajoutée qu’apporte l’intelligence artificielle à l’histoire.
Comment l’intelligence artificielle fait-elle avancer la recherche historique ?
Dans son usage le plus créatif, elle permet de réaliser des tâches impossibles à effectuer à la main et inaccessibles au cerveau humain. Ainsi permet-elle le déchiffrage de papyrus de plus de 2000 ans. Ces rouleaux, carbonisés par l’éruption du Vésuve en 79 avant JC, ont été découverts au XVIIIe dans une villa à Herculanum. Composant la seule bibliothèque antique connue à ce jour, ils sont un trésor inaccessible pour les chercheurs. Aujourd’hui, on peut les décrypter grâce au couplage d’une technologie par imagerie médicale en 3D, qui permet le déroulement virtuel d’un papyrus, et de l’intelligence artificielle. Cette découverte incroyable est le fruit d’un concours, le Vesuvius Challenge, pour créer l’algorithme capable de discerner numériquement les caractères. Grâce à lui, sont apparus des séries de lettres, des mots, des textes antiques totalement inédits, de source directe, attribués au philosophe épicurien Philodème. Certains estiment que l’on pourrait ainsi augmenter de 20 % notre connaissance de la littérature antique.
En quoi l’intelligence artificielle facilite le travail des chercheurs et des historiens ?
Elle les aide à réaliser plus rapidement des tâches à l’aide de modèles généraux.
Ces modèles arrivent, spontanément et sans entraînement particulier, à transcrire des textes d’archives numérisés.
Le programme AENAS, par exemple, aide les épigraphistes à lire et à analyser les inscriptions sur les pierres. Il propose, à partir d’une base de données issues de toutes les inscriptions romaines que nous connaissons, une reconstitution de l’intégrité du document souvent fragmenté, une datation et une localisation géographique probables. Dans ce cas, l’intelligence artificielle se place entre l’assistanat de l’historien et la génération d’hypothèses, voire la suggestion d’idées.
Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle en matière de vulgarisation de l’histoire?
Non, malgré les détournements d’images et de création de fake news déferlant sur les réseaux sociaux, il nous faut dépasser cette réaction superficielle de rejet pour voir les perspectives d’avenir. L’intelligence artificielle peut faire connaître l’histoire et en facilitera sa vulgarisation. Cela suppose bien sûr une connaissance des outils de synthèse et d’édition d’images. D’ici 10, 15 ans, des historiens ou des passionnés d’histoire pourront réaliser des films, émissions ou documentaires très proches de la réalité historique, beaucoup plus rapidement et avec beaucoup moins de moyens, pour un public très friand d’histoire. Des films qui ne coûteront pas des millions de dollars comme le Napoléon de Ridley Scott et avec davantage de vérité historique…





