Historienne et journaliste, Virginie Girod démontre au travers d’exemples comment l’histoire d’une nation ou d’une entreprise crée de formidables narratifs fédérateurs et créateurs d’une fierté d’appartenance à une communauté.

Quand l’histoire de France est-elle devenue patrimoine immatériel de la nation ?

Sous la IIIe République, s’élabore le fameux « roman national » avec l’école de Jules Ferry, notamment à travers l’œuvre d’Ernest Lavisse, « Histoire de France, cours élémentaire », dont la fi nalité est de fabriquer un ensemble de repères communs pour les petits Français. Des récits tels que « Nos ancêtres les Gaulois » en sont issus.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

A partir du XXe, ce roman national devient médiatique. L’histoire est racontée par de formidables conteurs dont le pionnier est Henri Guillemin, auteur Des dossiers de l’histoire sur la télévision suisse, suivi par Alain Decaux qui a inspiré une lignée de passeurs d’histoires dont je fais partie. Charnière entre la pointe de la recherche et le grand public, nous racontons une histoire pour rendre accessible un savoir jusque-là réservé à une élite. Aujourd’hui, notre rôle de garants d’une histoire de qualité et fédératrice est crucial face à l’essor des fake news historiques.

L’histoire d’une entreprise a-t-elle encore un impact aujourd’hui ?

Les entreprises ont aussi une histoire à raconter, d’autant plus intéressante quand elle se mêle à la grande histoire. Ainsi Guerlain et Chanel racontent des success stories où innovation et modernité se mêlent. Pierre Guerlain a conçu le premier bâton de rouge à lèvres automatique, révolutionnant la vie des femmes. Son fl acon Abeille, inspiré par la princesse Eugénie, reste iconique. En achetant un produit Guerlain, on ramène un morceau de l’histoire de France. De même, le parfum N°5 de Chanel, avec son aldéhyde porte l’héritage audacieux de Gabrielle Chanel, marquant à jamais le monde de la beauté.

Un exemple dans le domaine bancaire ?

L’exemple de Maggie Lena Walker rappelle la Caisse d’Epargne. Cette afro-américaine, fille d’une esclave affranchie et d’un journaliste blanc, a œuvré pour l’émancipation des femmes noires, avant d’ouvrir en 1903 la première banque pour les noirs à Richmond. Pionnière, elle va inciter les femmes à avoir un compte en banque et à devenir entrepreneuses. Si sa banque a depuis disparu, Lena reste dans la mémoire comme une bienfaitrice.

Comment la Caisse d’Epargne peut-elle capitaliser sur son histoire ?

Peu de gens connaissent son incroyable histoire et sa vocation sociale. Ce serait formidable que les conseillers en racontent quelques éléments. Communiquer sur cette vocation permettrait de montrer que choisir la Caisse d’Epargne, c’est aussi opérer un choix social et humaniste